"Fusils
de Sniper d'hier et d'aujourd'hui"
|
Marque/Type |
Année |
Calibre |
Longueur de canon |
Poids |
Longueur totale |
Système mécanique |
Pays |
|
Sharps |
1851 |
50 (12,7 mm) |
762 mm |
4,1 Kg |
1,26 m |
Bloc tombant |
USA |
|
Lebel 86 M93 |
1886 |
8 X 51 R |
815 mm |
4,2 Kg |
1,31 m |
Verrou à 4 mouvements |
France |
|
Mosin Nagant |
1891 |
7,62 X 54 R |
820 mm |
4,1 Kg |
1,32 m |
Verrou à 4 mouvements |
Russie |
|
Mauser Gewehr 98 |
1898 |
7,92 X 57 |
740 mm |
4,1 Kg |
1,25 m |
Verrou à 4 mouvements |
Allemagne |
|
Mauser Kar 98K |
1927 |
7,92 X 57 |
600 mm |
3,9 Kg |
1,11 m |
Verrou à 4 mouvements |
Allemagne |
|
Tokarev SVT 38 |
1938 |
7,62 X 54 R |
635 mm |
4,0 Kg |
1,22 m |
Semi-auto à emprunt de gaz |
Russie |
|
Lee Enfield N°4 Mark 1 |
1942 |
303 British |
640 mm |
4,0 Kg |
1,13 m |
Verrou à 4 mouvements |
Angleterre |
|
Schmidt-Rubin 1931/42 et 1931/43 |
1942 |
7,5 X 55 |
652 mm |
4,0 Kg |
1,11 m |
Verrou rotatif à mouvement rectiligne |
Suisse |
|
Garand M-1D |
1944 |
30-06 |
610 mm |
4,5 Kg |
1,10 m |
Semi-auto à emprunt de gaz |
USA |
|
Remington 700 |
1962 |
7,62 X 51 |
600 mm |
4,0 Kg |
1,10 m |
Verrou à 4 mouvements |
USA |
|
FR-F1 |
1964 |
7,5 X 54 7,62 X 51 |
552 mm |
5,4 Kg |
1,14 m |
Verrou à 4 mouvements |
France |
|
SVD Dragunov |
1964 |
7,62 X 54 R |
545 mm |
4,5 Kg |
1,32 m |
Semi-auto à emprunt de gaz |
Russie |
|
M-21 et XM-21 |
1965 |
7,62 X 51 |
560 mm |
4,5 Kg |
1,12 m |
Verrou à 4 mouvements |
USA |
|
Steyr-Mannlicher SSG 69 |
1969 |
7,62 X 51 |
650 mm |
3,95 Kg |
1,13 m |
Verrou à 4 mouvements |
Autriche |
|
L-39A1 |
1970 |
7,62 X 51 |
700 mm |
4,4 Kg |
1,19 m |
Verrou à 4 mouvements |
Angleterre |
|
L-42A1 |
1970 |
7,62 X 51 |
700 mm |
4,5 Kg |
1,19 m |
Verrou à 4 mouvements |
Angleterre |
|
Parker Hale M-85 |
1980 |
7,62 X 51 |
660 mm |
6,20 Kg |
1,12 m |
Verrou à 4 mouvements |
Angleterre |
|
PGM Ultima Ratio "Intervention" |
1980 |
7,62 X 51 |
600 mm |
6,0 Kg |
1,12 m |
Verrou à 4 mouvements |
France |
|
Barrett M-82 A1 |
1980 |
12,7 X 99 |
740 mm |
12,9 Kg |
1,45 m |
Semi-auto à emprunt de gaz |
Angleterre |
|
Sig-Sauer SSG 2000 |
1983 |
7,62 X 51 |
610 mm |
6,6 Kg |
1,21 m |
Verrou à 4 mouvements |
Suisse |
|
MAS FR-F2 |
1984 |
7,62 X 51 |
552 mm |
5,0 Kg |
1,14 m |
Verrou à 4 mouvements |
France |
|
Accuracy L-96A1 |
1985 |
7,62 X 51 |
654 mm |
4,9 Kg |
1,12 m |
Verrou à 4 mouvements |
Angleterre |
|
Heckler und Koch PSG-1 |
1986 |
7,62 X 51 |
650 mm |
8,0 Kg |
1,20 m |
Semi-auto à ouverture retardée |
Allemagne |
|
Mc Millan M-86, 88, 89 (Harris Gun Works) |
1986 |
7,62 X 51 |
710 mm |
6,9 Kg |
1,22 m |
Verrou à 4 mouvements |
USA |
|
Harris Gun Works M-87 |
1987 |
7,62 X 51 |
740 mm |
9,9 Kg |
1,35 m |
Verrou à 4 mouvements |
USA |
|
Sako TRG-S |
1989 |
30-06 |
660 mm |
4,7 Kg |
1,15 m |
Verrou à 4 mouvements |
Finlande |
|
AMAC 5100 |
1990 |
12,7 X 99 |
variable |
variable |
variable |
Verrou à 4 mouvements |
USA |
|
Barrett M-90 |
1990 |
12,7 X 99 |
736 mm |
9,85 Kg |
0,90 m |
Verrou à 4 mouvements |
USA |
|
Sig Sauer SSG 3000 |
1990 |
7,62 X 51 |
600 mm |
5,4 Kg |
1,18 m |
Verrou à 4 mouvements |
Autriche |
|
PGM Ultima Ratio "Commando 1" |
1991 |
7,62 X 51 |
470/550 mm |
5,5 Kg |
1,03/1,11 m |
Verrou à 4 mouvements |
France |
|
PGM Hecate II (FR 12,7 F1) |
1991 |
12,7 X 99 |
700 mm |
13,5 Kg |
1,38 m |
Verrou à 4 mouvements |
France |
|
Sako TRG-21 |
1992 |
7,62 X 51 |
660 mm |
4,7 Kg |
1,15 m |
Verrou à 4 mouvements |
Finlande |
|
Sako TRG-41 |
1992 |
338 Lapua Magnum |
690 mm |
5,1 Kg |
1,20 m |
Verrou à 4 mouvements |
Finlande |
|
SRM |
1993 |
12,7 X 99 14,5 X 114 20 X 82 20 X 139 |
700 mm |
9,9 Kg en 12,7 mm |
1,15 m |
Bloc tombant |
France |
|
Stoner SR-25 |
1993 |
7,62 X 51 |
610 mm |
4,75 Kg |
1,12 m |
Semi-auto par emprunt de gaz |
USA |
|
LAR Grizzly Big Boar |
1994 |
12,7 X 99 |
915 mm |
13,0 Kg |
1,16 m |
Verrou à 4 mouvements |
USA |
|
Armalite AR-10T |
1995 |
7,62 X 51 |
610 mm |
4,75 Kg |
1,12 m |
Semi-auto par emprunt de gaz |
USA |
|
Erma SR-100 |
1996 |
7,62 X 51 338 Lapua Magnum 12,7 X 57 Anthis |
650 mm |
6,4 Kg |
1,26 m |
Verrou à 4 mouvements |
Allemagne |
Ames d'espions, espionnage et assassinats : mythes et réalités
Pour le grand
public, la mort violente est étroitement associée au monde des services secrets,
et l'histoire
de l'espionnage ne manque effectivement pas d'anecdotes à ce propos. Du célèbre
silencieux pour pistolet
qu'utilise le tueur professionnel au parapluie bulgare, en passant par la
sarbacane, les mythes et les réalités
se confondent. Qu'ils soient américains, français, russes, britanniques ou
israéliens, il est indéniable que les
services spéciaux ont tué, tuent et projettent toujours de tuer. Simplement,
la fréquence de ces assassinats
varie avec les circonstances. On tue plus facilement dans le cadre d'un conflit
ouvert qu'en période de paix.
Quoiqu'il en soit, l'assassinat d'Etat est suffisamment courant pour que ses
auteurs aient ressenti le besoin
d'utiliser une terminologie aseptisée, propre à ménager les éventuels scrupules
des commanditaires.
Ainsi emploit on les termes "d'opération humide" en Russie ou "d'opération
homo" ou "d'opération"
(ex. : "il faut l'opérer") en France, plutôt que d'admettre ces
mots si désagréables que sont "meurtre"
et "assassinat".
Au XXIe siècle, l'assassinat représente pour le service secret
d'un pays dit démocratique le dernier recours, à n'utiliser
qu'en cas d'extrême nécessité ; que lorsque toutes les autres solutions, moins
extrêmes et moins radicales, ont été
envisagées. Procéder à l'exécution d'un chef d'Etat étranger qui n'en fait
qu'à sa tête ou d'un dictateur comme du
premier quidam venu représente toujours un, voire plusieurs risques, à commencer
par celui d'être malencontreusement
découvert et honteusement désigné du doigt sur la scène internationale. C'est
ce qui est arrivé à la DGSE en 1983 avec
ce que les médias eurent tôt fait d'appeler "L'affaire du Rainbow Warrior".
Il se trouve que la victime de cette dernière
histoire, et qui n'était pas un chef d'Etat, trouva la mort tout à fait accidentellement.
Lors de cette opération "arma"
(destruction de matériel), les services français ne souhaitaient que rendre
inutilisable le navire de l'organisation écologiste
Greenpeace qui s'apprêtait à venir perturber le déroulement d'essais nucléaires.
Et c'est précisément pour ne tuer personne
que la DGSE avait organisé le coulage du bateau dans le port d'Auckland, en
Nouvelle Zélande, plutôt qu'en pleine mer
avec tout son équipage à son bord, ce qui aurait été bien plus simple.
Il n'en va pas de même pour la centaine de personnes, au bas
mot, que le Service Action du SDECE exécuta pendant la
guerre d'Algérie. L'ancien agent secret français et auteur littéraire Constantin
Melnik parle abondamment de ces opérations
homo dans son livre "La mort était leur mission". Est d'ailleurs
relaté dans ce même ouvrage la mort tout à fait accidentelle,
en Grèce, d'un enfant qui tenta de récupérer son ballon sous une voiture piégée
par les agents secrets français. Par ailleurs,
et toujours dans ce même livre, Constantin Melnik nous rapporte quelques anecdotes
relatives à cette célèbre "sarbacane"
Française dont certaines parviennent à être cocasses.
On sait aujourd'hui, par l'entremise des médias ou de certaines
rumeurs persistantes, que des services spéciaux
occidentaux envisagèrent encore récemment "d'éliminer" Sadam Hussein,
le président Milosevic ou encore le
président libyen Mouamar Khadafi. Si toutes ces idées ne connurent pas de
suites, c'est surtout parce que l'on
ignorait qui pouvaient remplacer les morts ; réformateurs pacifistes ou personnalités
encore plus vindicatives ?
En général, on n'élimine les gênants que lorsque leur remplaçants sont parfaitement
connus, prêts à prendre la
place avec la bénédiction de la nation, et soucieux d'entretenir de bonnes
relations avec les pays voisins et amis.
C'est à la suite de telles réflexions et assurances que décèdent parfois quelques
chefs d'Etat de l'hémisphère sud.
Enfin, à le tuer, on risque toujours de faire d'un tyran un martyr. Mais sur
la liste des "cibles", il y a tout de même
beaucoup de personnages moins voyants et moins difficiles à éliminer que des
chefs d'état, à commencer par des
terroristes que la justice ne parvient pas toujours à rattraper.
En France, la réalisation d'une opération homo implique obligatoirement
l'aval du chef de l'Etat. La nature par
nécessité opaque des services spéciaux peut assez facilement inciter à se
demander si ceux-ci ne se passent pas
parfois de cette autorisation. Comment le savoir ? Dans le même ordre d'idées,
les services spéciaux français sont
censés ne pas procéder à des opérations homo ou arma sur leur
territoire d'appartenance. Pourtant, la célèbre
affaire Ben Barka impliqua bel et bien les services français dans le cadre
d'une opération homo qui s'est déroulée
en France. Voila qui démontre le contraire ; et d'ajouter que Ben Barka était,
en sus, une personnalité politique très
en vue. Historiquement, et dans presque tous les pays dits démocratiques,
lorsque les services spéciaux ratent une
exécution --entendez que la presse a connaissance de celle-ci-- un Directeur
de centrale, voire un Ministre, est
limogé, ceci pour disculper totalement le chef de l'Etat aux yeux de son pays
et de la communauté internationale.
Pour cette valable raison au moins, les services spéciaux n'assassinent pas
très facilement. Le célèbre "permis de
tuer" de James Bond est donc une légende tout à fait farfelue qui ignore,
royalement pour la circonstance, les
relations diplomatiques. Le quart du dixième de ce qu'a fait 007 aurait dû
justifier sa mise en retraite anticipée
et immédiate...
Qui est chargé des "basses besognes" ? Parlant toujours
des services français, il est clair que cette tâche incombe
au désormais célèbre Service Action. Selon des informations en provenance de
diverses sources, mais qui se
recoupent fort bien, cette grande division de la DGSE ne compterait pas moins
de mille personnes, quasi
exclusivement prélevées dans les effectifs militaires. On trouverait ainsi
au sein du Service Action des militaires
d'élite choisis parmi les meilleurs de certaines unités telles que, principalement
: le 1er Régiment Parachutiste
d'Infanterie de Marine, le 13e Régiment de Dragons Parachutistes, les Commandos Marine, les Commandos
de l'Air et la Légion Etrangère. Ce serait donc, en principe, des militaires
qui tueraient, ce qui semble d'ailleurs
logique. Mais comme il suffit de donner un grade et une unité d'affectation
à un civil pour en faire un militaire,
on peut se demander à juste titre si le Service Action ne trouveraient pas
parfois "chaussures à ses pieds" dans
le civil. Encore une fois, Constantin Melnik, qui est le seul espion français
à s'être exprimé sur ce sujet tabou,
dresse un profil de tueur dans son livre "La mort était leur mission".
Le tueur du célèbre roman Chacal, dont
l'adaptation cinématographique fut à notre sens une réussite, est un civil
n'appartenant pas aux services et dont le
profil parait très crédible. Mais Chacal n'a t'il pas été écrit par
Frédéric Forsyth, un ancien des services aujourd'hui
auteur de romans d'espionnage et qui semble fort bien maîtriser son sujet.
De plus, Chacal a été écrit sur la base
d'un fait authentique.
On sait que le SDECE tenta d'acheter les services de truands
chevronnés et anciens résistants pour exécuter, et que
ce fut un fiasco qui n'incita pas à la récidive. Pour autant, nous voulons
croire qu'il arrive en certaines circonstances
que certains services recrutent ponctuellement des délinquants, ne serait-ce
que pour intimider.
Nous avons également lu, à une ou deux reprises dans des ouvrages
écrits par des auteurs dignes de foi, qu'un tueur
doit éviter à tout prix d'entretenir une relation, fut elle superficielle,
avec sa future victime. Ceci pour éviter tout
retournement imprévu de situation au moment du passage à l'acte. Il est sans
doute plus "facile" de tuer un parfait inconnu
qu'un type très sympathique avec lequel on a passé une excellente soirée la
veille.
En conclusion de ce chapitre, nous dirons qu'un tueur professionnel d'Etat
doit forcément être un personnage très calme,
très patient, méticuleux, intelligent, psychologiquement très équilibré, et
qui soit capable d'avoir une perception parfaitement
claire de son rôle. Il semble également impératif que celui-ci fasse son métier
sans passion excessive. Peut-être est il préférable
qu'il soit un esprit cartésien n'adhérant à aucune forme de religion. Constantin
Melnik nous rapporte que les tueurs du Service
Action reconstituaient les circonstances de leur prochaine mission et
s'entraînaient longuement. Sur la base d'une reconnaissance
préalable réalisée par d'autres agents, les distances et angles de tir prévues
étaient artificiellement recréées au camp de Cercottes
situé à proximité d'Orléans. Si il s'agissait de poser une bombe sur la Mercedes
d'un trafiquant d'armes, un modèle identique de
cette voiture servait aux "répétitions", ceci afin d'être le plus
rapide et le plus efficace possible le moment venu. Le soucis du détail
qui caractérisait ces répétitions permettaient de mettre en évidence les difficultés
qu'il ne valait mieux pas rencontrer dans la réalité :
un pare-brise qui reflète la lumière d'une manière inattendue, ou un angle
de tir particulier qui contredit les réglages théoriques
des organes de visée.
Les services spéciaux israéliens, le Mossad, ne prirent
pas toujours la peine de ramener les criminels de guerre nazis jusque
devant les tribunaux. Le Mossad semble d'ailleurs exécuter plus facilement
que d'autres services. Peut-être est-ce parce que
l'Israël se sent toujours plus ou moins en guerre. A titre d'exemple, une
petite équipe de ses agents liquida à coups de pistolet
à silencieux sur le pallier de son appartement en Belgique, Gerald Bull, le
chercheur qui achevait de mettre au point le "super
canon" de Saddam Hussein. Les services israéliens ne firent d'ailleurs
pas grand cas du soucis de leur anonymat à l'occasion
de cette dernière affaire, mais n'ont ils pas pour eux, holocauste oblige,
de se faire pardonner plus facilement que d'autres ce
genre de libertés. Encore aujourd'hui, tout à fait conscient de cet avantage,
ces derniers se comportent comme de grands enfants
turbulents qui ne risquent guère plus qu'une réprimande du vieil Oncle Sam.
Et d'ailleurs, un pays qui fait tuer à coup d'arme à feu
et sans prendre la peine de faire disparaître le cadavre, ne cherche t'il
pas à revendiquer sa responsabilité. Un temps, une rumeur
persistante fit état de ce que les agents du Mossad seraient familiers
d'un pistolet Beretta de calibre 22 Long Rifle pourvu d'un
silencieux. Cette même rumeur disait également que pour tuer à coup sûr en
même temps que choisir un repère visuel(sic)
facilement identifiable, ceux-ci viseraient prioritairement un des deux yeux
de leur victime. Si l'usage de cette méthode correspond
à une réalité, d'autres services spéciaux l'ont probablement adopté.
A regarder à deux fois l'actualité, on se rend rapidement
compte que le nombre de personnalités et de "gens importants" qui
décèdent des suites d'un accident ou d'un malaise cardiaque est presque aussi
important que chez les "inconnus". Parmi tous
ces décès, on ne peut s'empêcher de penser parfois qu'il en est certains qui
surviennent fort opportunément. Et c'est d'ailleurs
précisément avec un tel raisonnement qu'il convient de chercher en premier
lieu quand une personnalité décède. Car plus encore
que les crimes de droit communs, les crimes d'Etat réclament des mobiles très
valables. Et les services spéciaux répugnent quelques
peu à tuer, moins sans doute pour des raisons d'ordres philosophique que pour
les éventuelles retombées inconnues, voire néfastes.
Sachant qu'un individu est un facteur susceptible d'influer de manière considérable
sur une situation ou sur un environnement donné,
tuer correspond dans bien des cas à jouer aux dés avec le futur. On découvre
seulement ces dernières années que les services
spéciaux anglo-saxons avaient envisagé très sérieusement de tuer Adolf Hitler.
Pourquoi ces projets n'ont ils pas connu de suites ?
Le plus probablement par crainte de modifier, en pire, le cours de l'histoire.
Cet aspect du sujet dont nous débattons ici est
évidemment le plus intéressant. Nous l'avons vu dans l'article sur le parcours
de Kim Philby, lorsque ce dernier proposa de
monter un attentat contre le patron des services spéciaux nazis, l'amiral
Canaris, il se vit opposer un "non" catégorique par
sa direction. Les anglais avaient effectivement espoir de retourner une situation
par un "dialogue" entre services spéciaux.
Et l'idée de Philby s'avéra effectivement mauvaise puisque
que Canaris fut condamné à mort après tenté de tuer lui-même
Adolf Hitler... Intéressant et même passionnant, non ?
Assassiner un chef d'Etat c'est forcément modifier dans de
très importantes proportions le cours de l'histoire. De même que,
à l'inverse, préserver la vie d'un personnage influent et l'aider à accéder
au pouvoir (c'est donc le contraire de l'assassinat politique).
Lorsque la France a hébergé Khomeiny à Neauphle-le-Chateau, et l'a choyé dans
l'espoir de faire de lui un "investissement rentable",
avait elle prévue ce qui s'ensuivit en Iran après l'accès au pouvoir de cet
homme ? Il semble que non. Là, peut-être, aurait on gagné
quelque chose à faire plutôt passer cet individu "à la trappe".
Mais comment le savoir à l'avance ? Si l'histoire connaît des cycles, elle
est néanmoins régit par une multiplicité de facteurs telle qu'elle est inexorablement
chaotique, au sens mathématique du terme.
L'assassin de l'archiduc François Ferdinand se serait peut-être abstenu si
il avait eu pleine connaissance de l'immense portée de son
geste. La mort de François Ferdinand, on ne le sait que trop bien, provoqua
la première Guerre Mondiale et avec elle des millions
d'autres morts, la famine, la ruine, etc... Spéculons un instant sur un exemple
connu et aussi gratuit que peu sérieux. On peut parier
que certaines personnes aimeraient aujourd'hui retourner dans le passé pour
y faire mourir Bill Gates, et ainsi tenter d'éradiquer de
l'histoire le monopole Microsoft. Mais dans ce cas qu'y aurait il eu à la
place. En adoptant ce raisonnement, on trouvera de
nombreuses hypothèses qui démontrent que Microsoft a été une chance pour le
monde de l'informatique... Vous le comprenez mieux
après ces quelques exemples et réflexions, un service secret ne peut tenter
d'éliminer une personnalité qu'après une intense réflexion
mobilisant chercheurs, historiens, stratèges, géopolitologues, etc. Et encore,
cela ne suffit il pas, ainsi que le démontre avec éloquence
l'exemple de Khomeiny. Tuer une personnalité, ou, indifféremment, la protéger
dans le but de la faire accéder à un rang de chef d'Etat
est la plus lourde responsabilité que peut prendre un patron de service secret.
Le gouvernement et l'exécuteur, son employé, sont donc bien
les meurtriers les plus "timides" qui soient. C'est la raison pour
laquelle
l'hypothèse de l'assassinat de Lady Diana, que l'actualité n'a pas encore
finit de rapporter, nous laisse perplexe faute de mobiles valables.
Un service secret ne tue pas la première princesse venue sous le prétexte
qu'elle milite contre la fabrication des mines anti-personnel.
Globalement, il faut se garder d'aller imaginer que toutes les illustres personnalités
qui décèdent prématurément ont été assassinées par
les services spéciaux. Laissons aux illustres le droit de mourir accidentellement,
comme tout le monde.
Dès lors que l'on parle de célébrités assassinées, comment
ne pas parler de la plus célèbre d'entre elles : John Fitzgerald Kennedy.
Il semble maintenant que la mort de cet homme restera à jamais une énigme.
L'hypothèse qu'il ait été abattu par les services secrets
de son propre pays d'une façon aussi voyante et aussi violente laisse perplexe.
Nous n'épiloguerons pas sur Lee Harvey Oswald,
cet assassin officiel qui, avec son modeste fusil Carcano ne fait vraiment
pas l'affaire. On ne trouve de toutes façons pas de mobile
connu validant l'hypothèse de la CIA en temps que coupable. Cet avis n'engage
bien sûr que nous mais nous pensons que si la CIA
avait voulu tuer Kennedy, celle-ci s'y serait prise de manière plus discrète
en organisant un accident quelconque, ou en lui faisant
attraper une terrible maladie. Pour autant, nous n'avons aucune idée quand
à d'autres commanditaires, et des gens encore bien mieux
renseignés que nous se sont eux aussi cassés les dents sur cette histoire.
Ceux qui veulent continuer cette enquête devraient maintenant
arrêter de travailler sur les circonstances de l'assassinat qui ne révélera
rien de plus pour étudier en détail la vie privée des Kennedy.
Cette dernière est plus sûrement susceptible d'apporter d'éventuels nouveaux
éléments.
Sachez que depuis longtemps déjà, les "services"
n'emploient qu'exceptionnellement les armes à feu au profit de moyens plus
discrets offerts par les sciences. La chimie permet de provoquer des crises
cardiaques ou des maladies incurables tuant rapidement.
Des moyens techniques et des astuces permettent de provoquer très facilement
des accidents de voitures ou d'avions, etc.
En étudiant d'un peu plus près l'histoire des assassinats des services spéciaux,
on s'aperçoit que le poison est l'une des armes les
plus usitées. Et on trouve de redoutables substances chimiques dont d'infimes
quantités suffisent pour tuer un individu de robuste
constitution, simplement par contact avec la peau.
Le célèbre "parapluie bulgare" aujourd'hui entré
dans la légende des services spéciaux doit son origine à cette anecdote :
en 1978,
Georgi Markov, un dissident bulgare habitant Londres fut assassiné selon les
ordres du gouvernement bulgare. Ce dernier avait
demandé au KGB de l'aider dans le choix d'une arme et le KGB avait proposé
trois solutions : de la nourriture empoisonnée, une
pommade mortelle à étendre sur la peau de Markov ou une cartouche de poison.
Finalement, on opta pour cette troisième solution.
Le poison fut injecté dans la cuisse de Markov grâce à une arme à air comprimé
dissimulé dans un parapluie. Au début, sa mort
fut un mystère car on ne comprenait pas comment elle s'était produite. Plus
tard, on exhuma le corps de Markov et, lors de l'autopsie,
l'on découvrit une minuscule bille percée de cavités et chacune remplie de
poison.
Mais les moyens de tuer son prochain sont aussi nombreux
et divers que le peut l'imagination : défenestration, overdose de stupéfiants,
parachute qui ne parvient pas à s'ouvrir, gaz mortel et inodore s'évaporant
rapidement, électrocution, hydrocution à l'occasion d'un
déplacement en embarcation, malaise dans la baignoire, etc. Puisque les armes
à feu sont les moins utilisées, nous conclurons par
celles-ci. Le pistolet à silencieux a été largement, et de longue date, utilisé
par tous les services spéciaux du monde. Avant la deuxième
Guerre Mondiale, déjà, les Russes adaptèrent un silencieux à leur revolver
militaire réglementaire, le Nagant. Le barillet de ce revolver
de calibre 7,62mm à la particularité unique de s'avancer légèrement vers le
cône de forcement du canon, ceci afin d'assurer une meilleure
étanchéité lors du départ du coup. Cet ingénieux système améliorait l'efficacité
du silencieux sur un revolver. Le Nagant à silencieux
servit surtout à tuer d'autres agents secrets russes lors des purges staliniennes.
Lors de la deuxième guerre mondiale, les services spéciaux
britanniques réalisèrent le Welrod, un ingénieux pistolet à silencieux intégré
de calibre 7,65mm. Pourvu d'un chargeur de 7 coups emprunté
à un Browning, le Welrod avait la particularité d'avoir une culasse à verrouillage
manuel, ce qui permettait, là encore, d'assurer l'étanchéité
de l'ensemble culasse-canon. Le célèbre pistolet mitrailleur britannique Sten
fut décliné en une version avec silencieux. Pour les besoins
de leurs services spéciaux, les chinois réalisèrent également un disgracieux
pistolet automatique à silencieux intégré. Lors de l'après guerre,
on vit apparaître des modérateurs de son prévus pour de nombreuses armes de
poing, essentiellement automatiques. Les américains
réalisèrent un pistolet automatique de calibre 22 Long Rifle à silencieux
intégré qui servait d'arme de survie au pilotes. Puis, les unités
chargées des opérations spéciales adoptèrent d'une manière générale le pistolet
mitrailleur avec silencieux. L'excellent pistolet mitrailleur
HK-MP3, du constructeur allemand Heckler und Koch, est le plus répandu
de ceux-ci aujourd'hui. Pourtant, le cinéma nous montre
plus volontiers le très petit et très spectaculaire Ingram qui a la particularité
d'une cadence très rapide de 1200 coups par minute pour
un calibre de 9mm Parabellum. C'est précisément cette cadence de tir, jugée
trop dispendieuse en munitions, qui à freiné le succès de
cette arme qui brille par la simplicité de sa conception. Ainsi que l'illustre
notre article sur les récentes armes spéciales russes, la carabine
à silencieux a toujours de l'avenir. La plupart des fusils d'assaut sont déclinés
en versions avec silencieux, à commencer par le M-16
américain qui fut dans le genre un précurseur. Mais le fusil à silencieux
a l'inconvénient de son avantage, à savoir la vitesse de son
projectile qui doit impérativement être égale ou inférieure à celle du son,
soit 320 mètres par seconde.
Quand on sait que la balle du fusil M-16 standard voyage
à plus de 800 mètres par seconde à la sortie du canon, on comprend
très vite que la puissance de ce projectile doit décroître dans des proportions
considérables pour rendre cette arme silencieuse.
Hors de question, donc, de tuer de très loin silencieusement. Aujourd'hui,
il existe "sur le marché" des fusils de tireurs d'élite de
très grande puissance mais ne disposant pas de silencieux. Ces armes s'adressent
en fait à des unités spéciales de police chargées
de mettre hors d'état de nuire des preneurs d'otages, jusqu'à des distances
de 800 mètres et plus. Avec notamment la marque
PGM Précision, la France compte parmi les leaders sur ce marché très ciblé.
Les fusils PGM Précision utilisent des cartouches
de mitrailleuses lourdes ou dérivées de telles allant jusqu'au 20 millimètres...
Très lourdes, les balles de ces fusils très spéciaux
doivent pouvoir tuer à coup sûr après avoir traversé le hublot d'un avion
de ligne à une distance de 800 mètres...
Ces armes spéciales sont très bruyantes, mais lorsqu'elles sont utilisées
pour des distances de tir avoisinant les 1000 mètres,
ce bruit qui voyage pratiquement trois fois moins vite que la balle ne parvient
aux oreilles de la "cible" que près de deux
secondes après que celle-ci ait été touchée en pleine tête. Toutes ces armes
longues peuvent aujourd'hui recevoir des
lunettes de tir à très fort grossissement et très lumineuses, ainsi que des
optiques de visée nocturne à intensification de
lumière. Il se trouve qu'avec la marque Stopson, la France fabrique
également les meilleurs silencieux du monde, ainsi
qu'un étonnant fusil à silencieux intégré de calibre 12,7 x 57 mm comercalisé
sous la référence "Anthis". Stopson est un
véritable laboratoire de recherche qui innove en permanence dans ce domaine.
Au chapitre de la "débrouille", signalons
que la fabrication d'un modérateur de son efficace est à la portée de n'importe
quel bricoleur averti. Un simple oreiller
de plume enveloppant une arme de poing constitue également un modérateur de
son de fortune d'une surprenante efficacité.
Seul inconvénient de l'oreiller : il peut empêcher l'éjection complète d'une
douille de pistolet automatique et ainsi enrayer l'arme.
Le sujet des fusils de tireur d'élite est si vaste de nos jours que nous nous
lui consacrerons très prochainement un article à
paraître dans la rubrique "Technique/Matériel".
C'est une évidence au yeux de toutes les polices du monde,
une personne n'est reconnue morte qu'a la condition que l'on
retrouve son cadavre. Faute de cette indispensable dépouille, le mort se retrouve
sur la liste des personnes disparues.
La nuance est de taille car tant qu'un cadavre n'est pas retrouvé, aucune
enquête pour homicide n'est ouverte. Voila qui
est intéressant et fort utile pour les tueurs qui voient leur chances de se
faire prendre considérablement diminuées.
On le sait, la médecine légale moderne fait très bien parler les morts. C'est
pourquoi on peut supposer qu'il doit y avoir
un nombre de victimes des services spéciaux n'ayant pas de sépulture relativement
important, et que les familles de
certaines d'entre-elles espèrent toujours les voir réapparaître un jour. Le
seul authentique récit de dissimulation de
cadavre par les services spéciaux nous est rapporté, encore une fois, par
Constantin Melnik. Celui-ci parle d'un
trafiquant d'armes qui, après avoir été exécuté dans un pavillon de la banlieue
parisienne, aurait été coulé dans un
bloc de béton, lui même largué en pleine mer depuis un avion. C'est assurément
efficace mais pas facile à mettre
en pratique dans un pays étranger. Il y a toujours la ressource, largement
popularisée par le cinéma, du bain d'acide.
Mais comment acheter discrètement l'importante quantité d'acide nécessaire
? Une rumeur fait état des cimetières qui
constitueraient finalement les meilleurs endroits pour cacher les morts. Quoi
de plus intelligent et logique en effet...
De plus, il y a des cimetières dans de nombreux pays. Il est certain que d'autres
méthodes soient en usage "courant",
mais nous ne les connaissons pas.
Il est impossible de répondre à cette question à propos de
laquelle nos instituts de sondages eux-mêmes sont désarmés.
Il est très exceptionnel qu'un tueur des services spéciaux se fasse prendre
en flagrant délit ou même a posteriori.
Le cas des agents libyens, aujourd'hui entre les mains de la justice, qui
réalisèrent le célèbre attentat dit "de Lockerbie"
est très particulier car il relève en fait du terrorisme. Tous les services
spéciaux et de police occidentaux se sont donc
exceptionnellement mobilisés pour rechercher et identifier ces poseurs de
bombes. Le superlatif "exceptionnellement" est
ici de circonstance car les attentats à la bombe relèvent bel et bien des
attributions des services spéciaux. Sous la houlette
de William Colby, la CIA en aurait supervisé quelques uns en Italie pendant
la guerre froide. Un élève agent de la DGSE
se fit également prendre par la police française sur le parking d'une grande
gare parisienne alors qu'il s'entraînait à poser
une bombe factice. La presse fit les gorges chaudes de cet incident. A propos
de bombe et au chapitre des spéculations,
on peut toujours se demander qui piégea la bouteille de gaz qui explosa à
La Mecque et fit de nombreuses victimes parmi
la population musulmane. Cet explosion survint d'ailleurs très peu de temps
après la vague d'attentats, --également à la
bouteille de gaz-- qui toucha la France il y a environ trois ans. L'hypothèse
d'une réplique en guise d'avertissement semble
tout à fait plausible. On sait que, bien souvent, un assassinat réalisé par
un service parvient à être reconnu comme tel par
les autres agences de renseignement, qui le gardent généralement pour elles
à leur tour. Même dans ce cas, la discrétion
semble être de règle.
Les services spéciaux ne font pas non plus grande publicité
autour de leurs agents secrets tués en service. Lorsque le
cadavre du lieutenant-colonel Nut de la DGSE, tué par arme à feu, fut retrouvé
dans le sud de la France à proximité de
son véhicule de fonction, c'est la famille de ce dernier elle-même qui s'opposa
à la publication d'une enquête réalisée par
un journaliste spécialiste des questions du renseignement. Officiellement,
on ne parvint jamais à savoir qui a tué l'agent Nut.
Quelques-uns, toujours passionné par la célèbre "affaire
du pull-over rouge", avancent aujourd'hui que les touristes anglais
auraient été en réalité exécutés par des agents des services spéciaux britanniques.
Quoiqu'il en soit, il semble avec le temps
que le vieillard qui fut condamné pour avoir commit ces derniers meurtres
était probablement innocent.
Les morts mystérieuses ne manquent certes pas mais, encore
une fois, en vertu de quoi les attribuer forcément aux services
spéciaux lorsqu'elles sont inexplicables ?
Les gens qui exercent à l'insu de tous des activités dangereuses sont fort
nombreux.
Et lorsque ceux-ci se suicident ou meurent d'un accident aux circonstances
troublantes, il ne leur manquent finalement que la
célébrité pour que l'opinion publique s'intéresse à leur cas. Nous l'avons
déjà dit en ouverture de cet article, les services
peuvent tuer beaucoup à l'occasion de guerres ouvertes entre nations, mais
à l'échelle du Monde entier et en cette époque,
nul doute que les assassinats d'Etats ne doivent guère excéder la dizaine
en une année. Au delà de ce chiffre aussi prudent
que minimum, il est difficile d'avancer une meilleure estimation. En tenant
cette estimation pour proche de la réalité, nous
pouvons également imaginer qu'il existe des tueurs "qualifiés" et
régulièrement entraînés qui n'ont jamais reçu, ou qui ne
recevrons jamais, le feu vert pour procéder à une élimination. Curieux métier...
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